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Grandes étapes de la sexologie occidentale

 

Il n’est pas de civilisation au monde qui n’ait été préoccupée par l’énigme de la fertilité et la toute-puissance de l’amour. L’histoire de la sexologie, c’est à dire de cette volonté de comprendre la sexualité, est donc synonyme de l’histoire de l’humanité. L’occident en est aussi témoin, mais avec une vanité un peu exagérée, car son talent à produire de la science a mis longtemps à s'affirmer et masque mal la rigueur de ses tabous.

 

5° siècle avant J.-C. : Hippocrate de Cos (vers 460-vers 377 avant J.-C.), médecin grec, fondateur légendaire de la médecine occidentale, peut aussi être considéré comme l’un des pionniers de la sexologie, notamment à partir de son système de classification des "maladies des femmes" et de ses tentatives d’interprétation de la fertilité humaine.

 

1° siècle avant J.-C. : Ovide (43 avant J.-C. - 17 après) publie son célèbre "Art d’aimer", considéré à tort ou à raison comme un des grands textes fondateurs de la littérature érotique.

 

387-400 : les textes de Saint-Augustin (354-430) sur le mariage vont servir de base à la doctrine chrétienne concernant la sexualité et le couple, définissant jusqu'à nos jours les limites des interdits et des devoirs conjugaux en matière de fidélité, de procréation et de purification du plaisir.

 

11° siècle : première traduction de l’œuvre d’Ali Ibn al-Abbâs al-Majüsi offrant enfin à un Occident inculte le formidable héritage d’une Médecine arabe déjà très avancée en matière d’anatomie.

 

12° siècle : traduction du "Guide des égarés" de Moïse Maïmon, dit Maïmonide (1135-1204), médecin et philosophe juif, énonçant les préceptes d’une vie quotidienne en harmonie entre la foi judaïque et les lois de la nature humaine.

 

1277 : condamnation par l’Eglise catholique de nombreux ouvrages licencieux, dont le "de amore" d’André Le Chapelain, authentique manuel d’initiation érotique publié en 1190.

 

12 mai 1495 : entrée des troupes françaises à Naples, sous les ordres du Roi Charles VIII, où elles vont être massivement contaminées par la Syphilis, inaugurant une épidémie qui se développera dès lors sur toute la planète.

 

1562 : première description du clitoris (omission induite jusque là par les tabous religieux) par Gabriel Fallope (1523-1563) ; l’audace est cependant mesurée, car les fonctions érogènes de l’organe sont passées sous silence…

 

1686 : le docteur Nicolas Venette (1622-1698) publie le best-seller du XVII°siècle. Son "Tableau de l’amour conjugal", ou l'"Histoire complète de la génération de l’homme" s’inscrit dans un vaste courant littéraire, mais souffre cependant d’a priori déjà démodés à l’époque.

 

1710 : paraît à Londres l’opuscule "Onania" d’un certain Bekker, médecin anglais, dont  la violente hostilité  vis à vis de la masturbation va profondément marquer des générations de censeurs, à l'instar de Samuel Auguste Tissot (1728-1797), qui médicalisent des prohibitions réservées jusque-là à la discipline religieuse.

 

1739 : le père Thomas Sanchez publie sous couvert d'une volumineuse étude du Sacrement du mariage le plus connu des "Manuel du confesseur", véritable encyclopédie sexuelle à l'usage des clercs, confrontés à la tâche délicate d'évaluer la gravité des péché de chair en confession.

 

1798 : "L’essai sur le principe de la population" de Thomas Robert Malthus (1766-1834), fonde une doctrine démographique - le malthusianisme - visant à amoindrir le risque de surpopulation, par un contrôle volontaire de la fertilité.

 

1848 : publication à Paris de "Hygiène et physiologie du mariage" d’A. Debay, dont le succès couvre tout le demi-siècle. La précision des informations et la minutie des conseils font de cet ouvrage le précurseur des ouvrages ultérieurs d’éducation sexuelle.

 

1886 : Richard von Krafft-Ebing (1840-1902) publie "Psychopathia sexualis", compilation d’observations de conduites sexuelles "perverses", dont l’influence a été considérable. Son interprétation préconisant une défense sociale sur le mode de l’exclusion s’appuyait sur une notion de "dégénérescence mentale" des déviants propre au XIX°siècle.

 

1891 : Albert Moll (1862-1939) publie "Die Konträre Sexualempfindung", maladroitement traduit par "Les perversions de l’instinct génital", qui inaugure un courant de pensée visant à dépsychiatriser l’homosexualité. Il fonde en 1913 la Société Internationale de Recherche en Sexologie, qui marque le véritable tournant ouvrant sur la sexologie moderne.

 

1896 : "L’inversion sexuelle" de l’anglais Havelock Ellis (1859-1939) est publié en allemand pour cause de censure, mais prélude à une œuvre considérable qui participe à la fondation de la sexologie du XX°siècle.

 

1905 : les "Trois essais sur la théorie de la sexualité" de Sigmund Freud (1856-1939) hissent  les observations cliniques précédentes à un niveau théorique encore inégalé, intégrant notamment la sexualité infantile dans l’organisation plus ou moins heureuse du vécu adulte, et instituant dans la cure psychanalytique une primauté à l’émergence du refoulement. 

 

1907 : dans un ouvrage de vulgarisation "Das Sexualleben unserer Zeit", un autre pionnier, Iwan Bloch (1872-1922) propose pour la première fois le terme Sexualwissenschaft, qui sera tout d’abord traduit par "sexuologie" puis sexologie, pour désigner l’étude scientifique de la sexualité.

 

1919 : fondation à Berlin du premier Institut de sexologie par Magnus Hirschfeld (1868-1935)

principal initiateur de la sexologie occidentale, à la fois par l’importance de ses travaux de recherche et ses activités cliniques, mais grâce à la pluridisciplinarité de leur engagement politique. Le premier Congrès International de Sexologie est organisé deux ans plus tard en 1921, toujours à Berlin.

 

1920 : promulgation de la Loi française interdisant l’avortement, l’usage des contraceptifs ainsi que toute forme d’information sexuelle. Offensant sa réputation de nation libérale, la France adopte une politique nataliste zélée, qui ne sera amendée que le 28 décembre 1967 par le législateur (Loi Neuwirth, de libéralisation de la contraception).

 

1928 : invention du"stérilet" par le gynécologue berlinois Ernst Graffenberg… plus connu de nos jours pour les quelques lignes d'un court article d'anatomie génitale féminine qui a fait la fortune du point G.  

 

10 juillet 1931 : le psychiatre français Edouard Toulouse (1865-1947) fonde "l'Association d’études sexologiques", précurseur d’une approche interdisciplinaire des questions d’éthique et de santé publique, dirions-nous aujourd’hui, soulevées par l’ignorance, la misogynie, l’obscurantisme religieux ; engagement qui marque l’émergence d’une sexologie à la française. 

 

6 mai 1933 : Berlin, les nazis saccagent l’Institut de sexologie. Ce pillage et l'autodafé du 10 mai marquent tragiquement la fin de la sexologie d’expression germanique, mais à Prague, à Kiev et Moscou, vont survivre des établissements et des équipes directement issus de cette première génération.

 

1935 : en France, le gynécologue Jean Dalsace (1893-1970) crée la première consultation de contraception, et sera plus tard l’un des précurseurs du Mouvement Français pour le Planning Familial.

 

1948 : la publication de l'énorme enquête "Sexual Behavior in the Human Male" dirigée par le naturaliste américain Alfred C. Kinsey (1894-1956) aura un retentissement mondial, préfigurant l’ère des évaluations mathématiques des comportements sexuels. Le "rapport Kinsey" concernant les femmes est édité en 1953. En France, un équivalent plus modeste ne sera publié qu'en 1972, sous la direction du docteur Pierre Simon.

 

1949 : le gynécologue new-yorkais Robert Latou Dickinson (1861-1950) publie son "Atlas of Human Sex Anatomy", couronnant une œuvre d’avant-garde en matière de sexothérapie, de contraception et de recherches physiologiques, qui devance de loin le talent de successeurs qui vont le plagier durant les trente années à venir, marquant désormais l'hégémonie américaine sur la sexologie occidentale.

 

1960 : le français Georges Valensin (1902-1987), médecin érudit et pionnier de l’éducation sexuelle populaire, signe un seizième ouvrage "Science de l’amour". Le 30 juin 1961 il participe à la fondation d’une Société Française de Sexologie Comparée, avant-garde encore censurée des sociétés savantes qui vont fleurir 15 ans plus tard dans toute l’Europe.

 

Avril 1966 : date devenue mythique de la publication de "Human Sexual Response" de William H. Masters et Virginia E. Johnson. Cette somme d’observations in vivo des réponses physiologiques à l’excitation érogène, complété quatre ans plus tard du traité de sexothérapie "Human Sexual Inadequacy", assoie définitivement en la matière la primauté des thérapies du comportement sur l’analyse freudienne de l’inconscient. 

 

17 mai 1974 : fondation de la Société Française de Sexologie Clinique, à l’instar de nombreux pays européens, sous la double influence de la libéralisation des prohibitions légales au lendemain de 1968, et de la popularité des nouvelles thérapies issues des courants de pensée de la Psychologie humaniste nord-américaine.

 

1978 :  fondation le 24 octobre à Rome de l'Association Mondiale de Sexologie, fédérant les divers mouvements de sympathisants de la sexologie d'inspiration nord-américaine. C'est sous l'égide de ce collectif international qu'est organisé depuis, tous les deux ans, un Congrès dit Mondial de Sexologie.  

 

1981 : début de l’épidémie de Sida qui, joint aux effets dissuasifs de la révolution conservatrice américaine  des années 1980 corrige à la baisse les prévisions de croissance de la sexologie humaniste.

 

1982 : le médecin français Ronald Virag publie les premiers résultats des injections intracaverneuses de produits vasoactifs dans les corps caverneux  dans le traitement symptomatique des insuffisances érectiles. 

 

1998 : mise sur le marché du viagra, premier médicament facilitateur de l'érection, inaugurant l'ère de la  chimiothérapie per os des dysfonctions sexuelles.

Jacques Waynberg


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